Apprendre les Kanji : Le guide

Les Kanji. Ce gigantesque mur qui semble infranchissable lorsque vous commencez à apprendre le japonais… Des milliers de caractères à apprendre… “Comment vais-je m’en sortir ?”  Rassurez-vous, commencer à apprendre les Kanji peut être extrêmement amusant et intéressant !

C’est quoi, les Kanji ?

Les 漢字 (Kanji) sont des caractères -ou idéogrammes- empruntés aux chinois. Jusqu’au 5ème siècle, les japonais ne possédaient pas de système d’écriture, leur langue était uniquement orale. Ils décidèrent alors d’utiliser les idéogrammes chinois en adaptant leur prononciation à la langue japonaise.

Quelques siècles plus tard, les japonais créent 2 systèmes d’écriture basés sur les Kanji : Les Hiragana et les Katakana. Cependant, pas question de se débarrasser des Kanji ! Ceux-ci étaient bien trop utiles pour différencier les homophones (mots qui ont la même prononciation mais qui ne s’écrivent pas de la même manière).

ressources japonais

Les 漢字 (Kanji) sont des sinogrammes, comme ceux-ci : 日本 (Nihon), pouvant désigner des verbes, des objets, ou des idées. Par exemple : rêve, manger, vendredi, lune, étudiant, volcan … Ils peuvent être combinés entre eux pour créer d’autres mots, parfois construit sur une logique, par exemple feu d’artifice 花火 (Hanabi) ; qui est un mélange du Kanji  fleur (花) et celui du feu (火) : fleur de feu. (Cependant, cette logique ne sera pas toujours présente.)

Les 漢字 (Kanji) peuvent être écrit en Kana (Hiragana et Katakana), c’est d’ailleurs grâce aux lectures Kana que nous allons pouvoir apprendre les Kanji. Sachez également qu’il est tout à fait possible de mélanger Kanji et Kana dans un même texte. Les Kanji font un peu office d’espace dans un texte, pour aérer la lecture lourde des Kana.

Exemple :  私は寿司を食べます 

La prononciation des Kanji

Là où la difficulté augmente sensiblement, c’est que presque chaque Kanji possède plusieurs prononciations, avec au moins : Une prononciation “Kunyomi” et une prononciation “Onyomi”.

  • 訓読 (Kun Yomi) est la prononciation japonaise, généralement utilisée pour les Kanji seuls ou lorsqu’ils sont utilisés dans les verbes ou les adjectifs.
  • 音読 (On Yomi) est la prononciation chinoise, généralement utilisée pour les Kanji composés.

Les Furigana

Un furigana indique la prononciation d’un Kanji en Hiragana. Ils sont généralement indiqués au-dessus du Kanji :

Furigana Kanji

Les clés des Kanji

Un Kanji peut être simple comme 一いち (ichi) mais peut aussi comprendre de nombreux éléments comme 鏡 (kagami). Un radical est un élément qui compose un Kanji. Les Kanji ont des radicaux et certains sont eux-mêmes des radicaux. Une clé est un caractère contenu dans le Kanji qui aide à en comprendre le sens global, c’est donc le radical principal.

Il en existe 214 ayant de 1 à 17 traits. (source : Japon Daisuki)

Nombre de traits

Chaque Kanji comprend un nombre précis de traits, il faut donc respecter l’ordre de ces traits lors de son tracé. La connaissance du nombre de traits d’un Kanji fait partie de ses caractéristiques et permet de le rechercher dans un dictionnaire.

Exemples :

一 : 1 trait
語 : 14 traits

Comment apprendre les Kanji ?

Il existe des dizaines de techniques pour apprendre les Kanji, plus ou moins efficaces. J’aimerais dans un premier temps vous informer -selon mon expérience- des erreurs à ne PAS commettre pour apprendre les Kanji.

Les erreurs à éviter

Erreur n°1 : Apprendre les Kanji trait par trait

Bien sûr, l’ordre des traits d’un Kanji est important. Cependant, cette méthode de mémorisation finit par mettre uniquement l’accent sur l’apprentissage du Kanji trait par trait… Lorsqu’un Kanji est simple et ne comporte qu’un ou deux traits, il est facile d’apprendre de cette façon. Trois traits ? Seulement trois choses à apprendre, ça va. Mais lorsque vous commencez à apprendre un Kanji plus complexe, vous vous focalisez uniquement sur les traits qui le composent, et ce, séparément. Penser à un Kanji comme un tas de traits différents est inefficace. Un Kanji à 20 traits = Plus de 20 choses différentes dont vous devez vous souvenir. Si vous considérez un Kanji comme un tas de traits individuels constituant un ensemble, cela n’est pas efficace…

Erreur n°2 : Ne pas apprendre les clés et radicaux

Pour beaucoup (même pour moi pendant longtemps), les radicaux sont une étape “secondaire” et “lointaine” dans l’apprentissage des Kanji, c’est une énorme erreur ! L’apprentissage des radicaux devrait être vu comme des blocs de construction, essentiels à l’apprentissage des Kanji. Je vous ai dit un peu plus haut que les Kanji ne devait pas être appris trait par trait. Les kanji plus complexes devraient plutôt être assemblés radical par radical. Si vous prenez le temps d’apprendre les 214 radicaux principaux (cela peut sembler beaucoup, mais c’est vraiment un processus assez rapide), vous pourrez alors assembler un Kanji assez complexe en 3, voire 4 étapes. Essayez de penser aux radicaux comme à l’alphabet français ABC. Vous ne pouvez pas écrire le mot “KANJI” sans connaître les lettres K, A, N, J et I, n’est-ce pas ? Si vous ne connaissiez pas ces lettres et que vous écriviez simplement le mot KANJI en essayant d’imiter ces formes de lettres étranges -et que vous l’avez fait 2000 fois- cela vous posera problème. Apprendre les radicaux, c’est comme apprendre les lettres de l’alphabet (certes à une échelle beaucoup plus grande). 

Erreur n°3 : Le bourrage de crâne

Certes, la répétition est une bonne chose pour la mémorisation. Je pense que c’est une partie nécessaire dans l’apprentissage dans Kanji, mais cependant il y a des limites ! L’un des problèmes que j’ai rencontré avec la manière “basique” avec laquelle la plupart des personnes apprennent les Kanji, est simplement de prendre une liste de 10 à 20 Kanji, de télécharger une feuille d’écriture et d’écrire le Kanji encore et encore… Le soucis se joue au niveau de notre cerveau. Tout d’abord, il n’y a que peu d’informations que nous pouvons intégrer dans notre mémoire à court terme. Cela signifie que dès que vous passez au Kanji suivant, il y a de fortes chances que vous oubliez déjà celui qui le précède. Un autre problème est qu’avec trop de répétitions, notre cerveau passe en pilote automatique. À ce moment-là, vous n’apprenez plus… Mais pas de panique ! Pour résoudre ce problème, il existe quelques solutions.

Tout d’abord, ne voyez pas les Kanji comme de simples traits, voyez-les comme des particules. Cela vous aidera à apprendre plus efficacement. Lorsque vous vous entraînez, pensez aux radicaux individuels que vous écrivez et à la façon dont ils vont ensemble pour former l’ensemble du Kanji. Plus vous faites cela, plus vite vous pourrez apprendre le Kanji 🙂
N’écrivez pas un Kanji plus de trois fois de suite. Si vous avez plusieurs Kanji à pratiquer, changez fréquemment de Kanji et revenez aux précédents, puis aux suivants, etc.

Essayez d’appliquer une sorte de stratégie mnémonique à votre Kanji. Les mnémoniques vous aident à vous souvenir des choses. Ils laissent essentiellement des indices dans votre cerveau qui, lorsqu’ils sont vus, déclenchent une autre mémoire, ce qui vous aide à vous souvenir plus efficacement des Kanji ! (Comme la manière utilisée dans mon guide sur l’apprentissage des Hiragana) Vous pouvez par exemple imaginer des “histoires” aux Kanji. Si vous avez appris les radicaux, c’est assez facile à faire. Si vous prenez l’exemple ci-dessus 歩 (ho), vous pouvez utiliser les trois radicaux pour imaginer une histoire qui vous aidera à vous souvenir de tout ce dont vous voulez vous souvenir. Par exemple : 止 est un radical qui signifie “stop”. 小 est un radical qui signifie “petit” et ノ est un radical qui signifie “glisser”. Vous pouvez donc utiliser ces trois mots et les assembler de manière à vous rappeler que le Kanji 歩 signifie “marcher”. Exemple : “Stop ! C’est un peu glissant ici. Marchons ici”. Tant que vous connaissez les radicaux, il vous sera alors facile d’imaginer cette petite “histoire” qui sera utile pour retenir votre Kanji.

La bonne méthode

(Je précise qu’il s’agit ici de mon avis personnel basé sur mon expérience)

Apprendre les radicaux

Comme vous l’auriez compris, pour commencer dans les meilleurs conditions votre apprentissage des Kanji, il est PRIMORDIAL d’apprendre dans un premier temps les radicaux principaux. Cela vous sera plus que favorable pour le futur, croyez-moi 🙂 Pour rappel :

Un radical est un élément qui compose un Kanji. Les Kanji ont des radicaux et certains sont eux-mêmes des radicaux. Vous pouvez réussir à comprendre le sens d’un Kanji complexe en décomposant les radicaux qu’ils le forment.

Pour vous donner une idée, apprenons ensemble 2 premiers radicaux très souvent utilisés.

Exemple de Kanji utilisant le radical 亻:

radical kanji

Lecture ON : シ、ジ
Lecture KUN : つか(える)

Servir, travailler pour

仕事 : Travail

Lecture ON : コウ
Lecture KUN : この(む)、す(き)

Aimer

 

Utiliser un SRS

La répétition espacée, aussi appelée SRS (de l’anglais spaced repetition system) est une technique d’apprentissage basée sur des révisions à intervalles réguliers, plus ou moins espacés : plus l’élément à apprendre est ancré dans notre mémoire, plus les révisions peuvent être éloignées les unes des autres. AnkiiKnow.jp et Memrise sont des applications SRS populaires parmi les apprenants japonais.

Du plus simple au plus complexe

Commencez à apprendre le Kanji le plus simple en termes de complexité de traçage (et non le sens du Kanji le plus simple). Si vous commencez par apprendre les Kanji de construction les plus simples (d’abord les Kanji à 1 traits, puis à 2 traits, etc.), les Kanji s’appuieront les uns sur les autres et vous pourrez utiliser des Kanji simples pour assembler des Kanji plus compliqués, comme la fondation d’un bâtiment ! 🙂

Soyez cohérent

Apprendre 5 Kanji par jour est bien plus efficace que d’apprendre 50 Kanji en une fois, une fois par semaine… Prenez votre temps. Apprenez seulement de petites quantités à la fois et vous apprendrez beaucoup de Kanji en relativement peu de temps. 5 Kanji par jour vous amèneront à 2000 kanji en 400 jours ! Si vous avez plus de temps, vous pouvez aller jusqu’à 10 par jour, mais je n’irais certainement pas au-delà. Créez-vous un planning et faites-en une habitude, mais surtout n’en faites pas trop ou vous finirez par vous épuiser !

Trouvez VOTRE méthode

Trouvez une méthode “façon d’apprendre” qui vous convient. C’est très important. Ce qui fonctionne pour moi, ou pour untel, pourrait ne pas vous convenir à vous. Plus vous en savez sur vous-même et sur la façon dont vous apprenez, plus vous pourrez apprendre les Kanji efficacement à long terme. Attention cependant à ne pas laisser cela devenir une excuse… Si vous passez tout votre temps à penser que “non, cela ne fonctionnera pas pour moi, je ferais mieux de chercher une autre façon d’apprendre” vous n’y arriverez jamais. 🙁 Agissez ! Faites des erreurs et découvrez par expérience ce qui fonctionne pour vous. Si quelque chose ne fonctionne pas, passez à autre chose, mais vous ne le saurez jamais avant d’avoir réellement essayé.

Liste des livres que je recommande

Pourquoi est-il important d’apprendre les Kanji ?

Beaucoup de personnes pensent que “Les Kanji sont trop difficiles”. “Pourquoi les japonais se donnent-ils la peine d’apprendre les Kanji alors qu’ils pourraient simplement utiliser les Kana ?” “Pourquoi auriez-vous besoin de Kanji quand les Hiragana font la même chose?”

Si vous avez étudié le japonais pendant un certain temps, vous connaissez probablement la réponse. Bien sûr, les Hiragana sont assez pratique lorsque vous débutez. Pourquoi écrire en Kanji 寿司 (sushi) alors qu’on pourrait simplement l’écrire en Hiragana すし ? Les deux versions comportent deux caractères, mais il est évident que la seconde est plus facile !

C’est vrai, tout écrire en Hiragana serait bien plus rapide. Mais serait-ce plus facile ? Voici pourquoi vous devez apprendre les Kanji et les utiliser :

Une fois que vous écrivez des phrases complexes, les Hiragana deviennent illisibles.

Prenons un exemple avec deux phrases identiques :

L’une en Hiragana uniquement : きょう、すしをたべにいきますか?
L’une en utilisant des Kanji :  今日、寿司を食に行きますか?

Vous remarquez la différence? La première phrase est très difficile à lire… Il n’y a rien qui sépare les mots les uns des autres ! En japonais, il n’y a pas d’espace entre les mots, donc les Kanji aide à séparer les mots, ce qui rend les phrases faciles à lire. Comme vous pouvez l’imaginer, les longues phrases deviendront encore plus difficiles à lire si nous utilisons que des Hiragana, et lorsque vous ne savez pas où commence un mot et où un autre se termine, des erreurs de lecture peuvent survenir. Vous pourriez penser qu’un mot est un autre en combinant l’arrière d’un mot à l’avant d’un autre…

Les Kanji sont plus faciles à lire

Devoir apprendre à lire les Kanji, c’est une longue étape ! Cependant, à long terme, cela fera de vous un lecteur incroyablement rapide. Étant donné que chaque Kanji possède sa propre signification, une fois que vous les connaissez bien, vous pouvez parcourir les Kanji un à la fois, et obtenir très rapidement le sens d’une phrase. Vous n’avez même pas à lire tous les Hiragana… Au lieu de cela, vous pouvez comprendre le sens de quelque chose simplement en sautant de Kanji à Kanji.

Les Kanji prennent moins de place

Vous connaissez ces copies de 10 pages que vous devez écrire en cours de français ? Vous pourriez écrire un papier de 7 pages seulement si vous l’écriviez en japonais ! Ecrire en japonais rend les choses beaucoup plus faciles. Les Kanji prennent moins de place que d’écrire en Hiragana. Souvent, deux ou trois caractères sont condensés en un seul Kanji. Efficace 🙂